Balance Chroniques quotidiennes En ville / Au jardin Journal du temps Les choses minuscules

Pivoine Blanche lune

En ville

Croquer des pains moelleux sur un banc de la place Bellecour, c’est un truc que j’aime bien finalement. Attendre des heures sous les branches scintillantes d’un grand arbre, sous les coassements inquiétants d’un corbeau, dans le soleil d’un après-midi citadin, c’est long, ça fout le dos en l’air et les jambes en compote mais ça donne cinq minutes hors du temps à parler à quelqu’un d’inspirant, à rencontrer une voix, un visage, une façon de tenir le stylo, de raconter, et un sourire. Pendant l’attente, mes enfants se sont nichés dans les recoins de la librairie, silencieux et patients et finalement, chacun, tour à tour, a choisi de venir discuter avec moi de longues minutes lentes, m’aider à patienter, me raconter leurs paysages, leur vie du moment, leurs histoires. Mon garçon qui me dépasse et sa douceur câline, ses mangas, ses baskets, sa musique; ma filloute et ses jeux enfantins, sauter ici, taper dans les mains, chahuter, rire. Vie de la ville, soleil d’un samedi ailleurs, attente douce et au final sur mon beau livre, un message précieux.

Au jardin

Lundi
Le jardin me chuchote tout. Il a la voix d’une mère, celle irréelle que je m’invente dans les jours sombres, ceux qui manquent de clarté, d’évidence. Il panse et danse et noue et natte tous les rubans dont je m’entoure les jours de honte, les dates maudites.
Il a la voix d’une grand-mère, que je m’invente aussi, hélas.
Il a la voix de toutes ces femmes qui ne sont pas là. Qui n’ont pas été là.
Il a la joliesse de la vie quand-même, celle qu’il faut fabriquer malgré tout.

Première pivoine de mon jardin secret. Blanche lune, dont je suis la naissance avec une attention sans faille. Minutie délicate qui me console de tout. De tout !

Pivoine Jolie, première de mon jardin

Vous pourriez également aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *