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Au fond de la théière

Ce matin, sous le ciel gris d’un automne qui s’achève en silence, j’ai ouvert les volets, le visage brouillé de sommeil. J’ai dormi le plus longtemps possible, mais les bruits que fait mon fils dans la salle de bain me sortent inévitablement de cette torpeur brumeuse et chaude dans laquelle un retour du sommeil est possible. Il cogne sa brosse à dent sur le bord de l’évier, pour enlever le surplus d’eau peut-être. Il claque sa main sur l’interrupteur en sortant, ne fait aucun des gestes délicats et silencieux du monde adulte et attentionné. Il n’est que lui, en partance pour son bus, ses écouteurs vissés aux oreilles, sa vie d’ado à vivre, loin de mon sommeil mérité, un Eastpack trop lourd sur le dos, un masque chirurgical propre et neuf sous le menton.

J’ouvre les trois paires de volets de bois et le dernier, électrique, au dessus de l’évier. Je soulève la bouilloire, vide l’eau d’hier soir, jugée impure, la rempli à nouveau, enclenche la chauffe.

Sous l’évier, petit plateau de bois.

Sur l’étagère, bol rond laqué Parme.

Au fond de la théière, feuilles brunes, fleurs bleues, Bergamote.

Je prends mon petit-déjeuner lentement, près d’elle. Les garçons sont déjà partis, dans le froid bleu du matin. J’ai embrassé mon enfant sur sa joue fraîche, serré mon gilet contre mon coeur, refermé sur moi la porte en la claquant un peu, et versé l’eau bouillante dans la ronde théière en verre.

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1 commentaire

  1. Blog poétique bien silencieux… Bonne année…

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