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Echapper

Échappée belle aux derniers jours de l’été. Nos pantalons déjà, un pull, peut-être même une veste pour traîner dans les rues d’une ville inconnue .

Sur les murs des visages et des corps. Un monde en noir et blanc comme j’aime tant. Partout, des portes bleues, des images, des postures, de l’art, des gens, un désir de transmettre.

Une place aux chaises jaunes. Des fleurs séchées, des bandes-dessinées lourdes dans un sac en plastique biodégradable. Tiendra-t-il ? Un grand ciel mitigé, des chocolats dans la bouche et tous les papiers froissés que les enfants nichent dans ma main. Maman. Je suis leur maman. On marche tous les quatre, je voudrais laisser ici, un morceau de cette rentrée triste. Chacun chez soi, virus oblige, à moins de travailler masqué toute la journée.. On est mieux à la maison, se convainc-t-on.

Et si cette part de vie manquait ? Le monde qui tourbillonne. Les gens qu’on aime, ceux un peu moins qui font et défont nos journées, nos ailleurs, ces moments où nous sommes autres qu’une famille de quatre. Quelque chose de puissant commence à m’échapper. Une colère sourde pour ce vol d’instants, ce vol de moments, ce vol d’autrement.

Après la découverte, la sidération de mars, après la drôle de vie, le différent, cette vie nouvelle qui nous enveloppe pour un an, deux peut-être, plus encore ? Est ce que je m’y fait ? Est ce que mon coeur se serre de deviner la bouille de ma toute petite fille sous le tissu tendu ? Est que la vie incertaine est devenue moins tranquille ? oui non je ne sais pas je ne sais plus.

Je rentre à la maison fourbue, m’écroule de fatigue pour le deuxième soir consécutif, sans lecture, sans film, sans un instant de jour en plus. Je suis crevée, le ciel a sombré dans la langueur monotone, on a remis des pantalons, des pull, peut-être même une veste.

Je bois du thé. J’écoute ronronner le sèche linge. J’écris des textes. Je réchauffe une soupe. Je m’accroche à la grille de rentrée de France Culture. J’achète la rentrée littéraire. Je me niche dans mon gilet. J’ai besoin de douceur.

Prenez soin de vous.

Cenina.

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