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Je laisse l’amour en otage

Matin d’été. Quitter la maison quand ils dorment encore tous les trois. Rien ne les aura réveillés : ni l’eau de la douche, ou le sèche-cheveux, ni même l’eau à bouillir pour le thé, la porte du cellier pour récupérer mes chaussures ou le claquement brut de la porte d’entrée..

Je file dans le jour neuf , tellement humide et frais comparé à la chaleur étouffante du reste du jour. Sac à main, grand sac bleu en tissu, repas pour déjeuner, eau fraîche, mug de thé. Un gilet au cas où. Un masque ou deux, une dosette pour le café. Du Doliprane, toujours. Les jours de fatigue, un bouquin, pouvoir manger dehors, seule, m’échapper, manger froid, lire un peu.

En partant deux post-it, identiques, gribouillés au feutre : laisser l’amour en otage. Je ne les colle jamais au même endroit.. quelquefois un troisième, un message pour mon grand amour un peu usé. Quelques lettres pour dire… bon. A ce soir.

**

A quel moment cela s’inverse-t-il ? Quel est l’instant précis où se fait la bascule ? Cette rupture dans la journée ailleurs qui rend le retour éprouvant ?

Une course à faire, un tour à la librairie, travailler plus tard, aller boire un coup…un ciné ? Tout, plutôt que de rentrer mettre du linge dans la machine, préparer le repas du soir, entendre l’étendue des disputes, bobos et contrariétés du jour, arroser le jardin. Retrouver les banalités de la maison quand tout me semble vibrant et passionnant dehors.

A quel moment du jour, mon corps d’ici s’efface-t-il pour n’être qu’un « là-bas » lointain auquel il n’y a plus d’accès ?

Je fausse la donne. Je ruse. Je contourne le problème. Je prends une douche souvent pour me laver de ce désir d’autre chose qui m’a enveloppé. Je lave le linge, le corps, ma peau, mon âme, je me remets d’équerre.

Peut être est-ce juste une perte de mes contours, un éparpillement de mes sens dans ce trop grand monde, de ces trops forts bruits. Oui. Peut-être qu’un jour ailleurs me laisse inconnue à moi-même, disperse avec violence mes membres, mes pensées, mon être entier au quatre vents..

Et que je mets du temps à retrouver qui je suis, dans mon silence et mon désir infini de tranquillité. Tout cela est un leurre. Je ne suis bien et moi-même que dans ces moments rares où je ressens mon corps, ma façon d’être au monde, et ce pourquoi je suis là.

Ces moments sont encore très fragiles, trop rares et de ce fait précieux. Mais j’ai la bonne direction. .

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2 commentaires

  1. Sandy a dit :

    Très beau, comme toujours…

    1. 🖤 merci Sandy

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