Papier de « soi »

Ce matin, nous sommes mardi, il y a école à la maison. Le réveil sonne, il est 8h30, j’ouvre les volets de bois et le temps de m’habituer à la lumière, je me laisse hypnotiser par le petit mobile en papier que j’ai bricolé l’autre jour. Il se balance lentement dans le vent léger.

Quelque chose me chiffonne, car je suis en congé, j’ai décidé la semaine dernière de poser ce jour au hasard, appelée par mon désir d’écriture au jardin, ce moment de ma journée où je me rassemble, ce moment où j’écoute mon coeur, ce moment où je suis seule et où les habitants de la maison et du jardin me laissent tranquilles. (sauf les guêpes, les abeilles, les bourdons et le merle insolent qui fait des plongées soudaines de la haie et me fait sursauter quand je rêvasse, nez levé au ciel..).

J’ai oublié que les enfants eux « devaient » travailler. Tout le monde doit être prêt, habillé, dents lavées, cahier et stylos sortis à 9h30. J’ai oublié de mettre le réveil plus tôt pour ce temps à moi devenu indispensable. Passer à côté augurerait d’une journée compliquée pour nous tous, je mesais incapable de masquer ma frustration ou ma colère si je n’ai pas eu ce temps pour moi..

Je bougonne dans mon lit, malgré la poésie qui se balance sous mes yeux, le papier de soie s’enroule sur lui-même et se tord, se calme, se re-soulève au gré du vent. Il fait beau, le ciel est gonflé de nuages généreux, le jardin tout humide de l’orage du soir, les framboises lourdes et gorgées de pluie, délicieuses.

Et puis, je me souviens. Que ce rythme, cette limite, cette ligne directive, c’est moi qui les aient créées. Je me souviens qu’il suffit de changer la donne, de décider de faire simplement autrement, et si je l’écris ici, c’est que cette évidence, n’en est pas une pour moi.

Or, mes seules limites sont celles que je m’impose. Je suis ma seule limite. Je me souviens que je suis bien la seule à m’empêcher de changer ma réalité.

Cela a totalement changé ma journée. Je me suis levée autrement, j’ai décidé de ne pas faire école, annoncé fièrement aux enfants que nous changions de cap ! Matinée libre pour tous, et pour le reste, nous verrons plus tard.

Tout ça n’a l’air de rien. Ce n’est pas rien. Cet exemple est parfait pour illustrer les barrières que nous déposons nous-même, innocentes, autour de nous, pour nous empêcher de créer, de rêver, de nous entendre. Pour nous convaincre que nous n’avons pas le temps.

J’ai passé la journée légère et satisfaite de ma petite lubie, décalé un vieux banc dans la partie basse du jardin, donné naissance à un nouveau lieu d’écriture. J’ai lu au soleil, préparé le déjeuner en chantonnant et fais l’école aux enfants sous le soleil de l’après-midi. J’ai fièrement porté la Joie d’avoir su bouger une petite chose pour laisser place à ce qui me rend profondément heureuse. Je me suis faite passer en premier, j’ai écris deux heures dans le soleil du matin et le monde entier a continué à tourner.

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