Apprivoiser, s'apprivoiser

Mets toi dans tes couleurs

C’est l’histoire d’un podcast entendu un peu par hasard, en janvier, ou peut-être était-ce février… Lou Doillon qui raconte (émission du 15 décembre 2019) ses remèdes contre la mélancolie.

Je dessine en même temps qu’elle raconte, je peins, j’écoute, je trace et soudain, mon coeur est happé par le poème de Peter Handke.

J’ai écouté ce podcast il y a plusieurs mois et de ce qu’il m’en reste, elle dit qu’un ancien amoureux à elle lui a offert ce poème, qu’il est posé dans sa salle de bain, qu’elle le lit tous les jours ou presque. Que quand elle va mal ou moins bien, elle le relit, ça la nettoie :

Joue le jeu.
Menace le travail encore plus.
Ne sois pas le personnage principal.
Cherche la confrontation.
Mais n’aie pas d’intention.
Evite les arrière-pensées.
Ne tais rien.
Sois doux et fort.
Sois malin, interviens et méprise la victoire.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.
Sois ébranlable.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond,
prends soin de l’espace
et considère chacun dans son image.
Ne décide qu’enthousiasmé.
Echoue avec tranquillité.
Surtout aie du temps et fais des détours.
Laisse-toi distraire.
Mets-toi pour ainsi dire en congé.
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau.
Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil.
Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus,
penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne,
fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur,
apaise le conflit de ton rire.
Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit,
et que le bruit des feuilles devienne doux.

Passe par les villages, je te suis.

C’est Peter HANDKE. Par Les Villages.

J’ai laissé mon coeur capturer ces mots, et quelques jours après , les ai recopiés à mon tour et encadrés soigneusement. J’ai bien tenté de poser le cadre dans ma salle de bain moi aussi, mais sa place est sur le mur blanc de mon bureau. Et c ‘est très bien ainsi…n’est pas Lou Doillon qui veut 😉

Mets toi dans tes couleurs est la phrase que je préfère. Elle me raconte mon histoire, me donne ce droit ineffable d’Etre. Etre moi, uniquement et parfaitement moi avec l’autorisation d’oublier et l’origine et la destination. Mon corps dans une vie de passage. Ma vie toute simple.

Une promenade. Et mon coeur qui bat.

En ce moment, les jours se suivent et je reste nichée dans le creux de ma maison, avec plaisir. Je rêve de jours de soleil doux, de marcher pieds nus, mes cheveux relâchés. Je prends des photos de moi. C’est nouveau. Je me balade dans mon jardin, j’en fais le tour dans un sens, dans un autre en quête des fleurs fânées, de pousses nouvelles. Mon bébé cerisier m’offre trois fruits, pas un de plus. Je cherche sur le net un guide pour commencer le yoga, je voudrais prendre un bain mais n’en ai pas la force, je lutte contre l’ambiance morose, le soleil qui se cache, l’avis de tout le monde. Je respire calmement, je fais de l’exercice tous les jours à dix-huit heures. Cela fait un mois aujourd’hui ! Je lis Leurs enfants après eux,le soir dans mon lit, mais je n’aime guère, j’éteint tôt car je suis fatiguée d’avoir peur. Je lis sur le visage de mes enfants une innocence qui m’émeut et au-delà de mon amour de mère, j’éprouve pour eux une grande tendresse. Je cuisine pour eux tous les jours. Je fais des gâteaux quand j’ai froid. Je me promets de moins râler. Je m’aime de réussir à le faire. Je me pardonne beaucoup de choses. Sur Instagram, il y a cette femme-féé qui me fascine par son aura @yazemeenah et cette autre qui me guide @merebordel. Je décide d’arrêter de chercher la forme de tout. Je me sens dans mes couleurs. J’avance.

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2 commentaires

  1. […] ton poème préféré ? Peter Handke, Par les villages […]

  2. […] ton poème préféré ? Peter Handke, Par les villages […]

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