S'aimer

L’Amour

C’était en novembre dernier déjà.

Ma soeur était à la maison, on papotait de choses et d’autres, c’était le soir, le moment où l’on repart, on se dit au-revoir, il faut se dépêcher un peu, le temps de rentrer, doucher les enfants, préparer un truc à grignoter, souffler un peu et le lendemain, recommencer.

Elle cherchait dans le couloir les manteaux, les chaussures et au beau milieu, il y avait une caisse . Des livres dont je ne voulais plus, des couvertures trop vues, des histoires qui avaient trop attendu, bref, j’avais décidé de me délester de quelques chapitres et elle y jetait un oeil avant de filer.

Je lui ai dit « prend ce que tu veux« , on a parlé de titres et d’autres, je me souviens qu’elle a levé la tête et s’est souvenue d’un bouquin qu’elle m’avait prêté des mois, sinon, un an ou deux auparavant : S’aimer de Kristin Neff.

Je me souviens de tout : la discussion si douce qu’on avait partagé à l’époque, un truc sur l’abandon, ce livre qu’elle avait acheté et commencé qui lui faisait tellement de bien qu’elle me l’avait prêté avant de le finir et puis, si j’avais eu conscience de son importance, je m’étais laissé rattrapée et il attendait toujours son tour…

J’ai cherché mentalement où je l’avais posé. J’ai regretté de ne pas l’avoir lu, et m’apprêtais à le lui rendre mais elle m’a dit garde le encore un peu.

Alors, il a repris sa place de Roi dans mon coeur, et je n’ai pas joué deux fois.

Je l’ai commencé fin janvier. Une période compliquée, l’hiver, la fatigue, mes 40 ans tout neufs. J’ai senti que c’était le moment, que ça allait m’aider, que ce serait bon quoiqu’il arrive de lire quelque chose qui apprend cela, quand on n’a pas grandi avec : S’aimer.

J’ai pensé à ce soir gris de novembre, un jour gris plein de pluie, au feu rouge qui se mêlait à mes larmes, qui se mêlaient aux ruissellement sur le pare-brise immense, à ce soir de semaine, sortie du boulot, coffre plein de courses et à la difficulté à rentrer, à enchaîner sur leurs vies à eux, le repas du soir, le linge sale par terre, des heures pour filer se coucher. Ce jour-là, j’avais appelé quelqu’un, la seule voix que je pouvais entendre, pour dire Je tombe, rattrapez-moi. Je tombe, qui va m’aimer Moi ?

Vous, a répondu cette voix. Vous allez vous aimer.

Vous devez être une mère pour vous.

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